La métamorphose de Bertrand Fournier

La façade du bâtiment est grise, plus terne encore qu’à son ouverture il y a plus d’un siècle et demi. En 1872, l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris accueillait déjà les individus souffrant de “troubles mentaux manifestes” et représentant un “danger imminent pour la sûreté des personnes”. Aujourd’hui, la majorité des patients accueillis chaque jour dans l’établissement est soit schizophrène, toxicomane ou alcoolique. Entre deux toiles, c’est là que le peintre Français Bertrand Fournier travaille. Infirmier la journée et artiste le soir, la métamorphose a lieu tous les jours. 

Le contraste entre l’âpre austérité des chambres de l’établissement psychiatrique et les couleurs bariolées des toiles de Bertrand est saisissant, voire intriguant. « Avant j’étais seulement infirmier, maintenant je peints et envoie mes toiles aux quatre coins du monde. C’est toute l’imagination que j’ai toujours eue qui peut désormais s’exprimer. »

Tous les ans, Bertrand côtoit près de 2000 individus internés derrière les portes blindées verrouillées et les couloirs animés de l’établissement. A 32 ans, il ne pensait pas un jour devenir artiste-peintre. « J’ai découvert la peinture complètement par hasard en novembre 2016. Ma mère m’avait donné un vieux cadre qui trainait dans son sous-sol, je suis allé acheter une toile pour que ma fille puisse faire un dessin dessus et ensuite l’encadrer. Les toiles étaient vendues par lot, j’en ai pris une pour essayer. Un an plus tard, j’en suis à ma 370ème toile. Et je ne compte pas m’arrêter. Ma fille non plus d’ailleurs. » Marié, deux enfants, Bertrand Fournier habite une maison dans le sud de l’Essonne, « une vieille meulière que nous avons rénovée avec ma femme. Je peints les plus grands formats dans le garage et les plus petits au chaud sur le pallier. »

 

C’est de l’imprévisibilité que sortent souvent les trucs les plus sympas! 
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L’univers du peintre Bertrand Fournier est loin des paysages monochromes de son lieu de travail, comme peuvent en témoigner ses séries « Rainbow », « Raw », « Figuratif » ou « Montibus », hautes en couleurs et riches en influences. « Matisse, Frankenthaler, Twombly et Hockney. Il y a une infinité de possibilités en peinture, je trouve ça donc dommage de passer sa vie d’artiste à se cantonner à un code couleur ou à un seul style. De nos jours, lorsqu’on voit un tableau, on doit pouvoir dire de qui il est! Je pense que c’est ce qui me différencie des peintres actuels. Toutes mes séries sont étrangères les unes aux autres et n’ont strictement rien en commun. J’utilise à chaque fois une technique complètement différente. Ce que j’aime avant tout, ce sont les couleurs. Grink et Blow sont d’ailleurs des séries essentiellement basées sur la couleur. Green+Pink= Grink et Black+Yellow= Blow.» Spécialisé dans la peinture et la craie à l’huile travaillées sur toile brut, Bertrand est guidé par son instinct et travaille sans brouillon ni trait d’esquisse. « J’aime l’huile car elle est agréable à travailler. Je ne travaille que très rarement sur croquis. C’est de l’imprévisibilité que sortent souvent les trucs les plus sympas! » Question surprise, Bertrand s’y connait puisque sa toute dernière exposition a eu lieu dans un… hôpital gériatrique. « C’était plutôt rigolo puisque pendant le vernissage, j’ai dû m’adresser à une vingtaine de personnes âgées complètement sourdes. »

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L’artiste Français exposera à travers l’Europe à partir de Décembre 2017: Madrid pour une exposition collective suivie d’une expo en solo, puis direction Karlsruhe en Allemagne l’été prochain avec la galerie Zweisieben.

 

Découvrez le travail de Bertrand Fournier

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